Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Enseignements catholiques

L'expérience et l'intelligence de la foi


Je suis Béninois mais le Vodún n'est pas ma culture

Publié par Adéchina Samson TAKPE sur 15 Octobre 2022, 15:43pm

Catégories : #Vodún, #Cultures africaines, #Renouveau de l'Afrique, #Panenthéisme dialectique, #Vitalisme cosmo-théandrique, #Vaudou, #Philosophie africaine, #Théologie africaine

Depuis quelques années, il se produit un mouvement de retour aux cultures africaines. Au Bénin, ce retour s’entend, selon certains, « retour au Vodún », parce que nous serions de culture Vodún ou que le Vodún serait notre culture. A mon avis, il y a là un abus de langage, parce que le Vodún est un ensemble de cultes reposant sur une certaine vision du monde. Et tous ceux qui partagent cette vision du monde ne partagent pas nécessairement la religion Vodún. Au contraire, cette vision du monde peut accueillir n’importe quelle religion comme c’est justement le cas. C’est ainsi qu’il y a des Béninois qui sont chrétiens ou musulmans, ayant intégré la foi chrétienne ou musulmane à cette vision du monde que l’on qualifie généralement de « panenthéisme dialectique ». Cette conception du monde affirme que Dieu est plus grand que l'univers mais que ce dernier est contenu en Lui quoiqu’IL en soit distinct, que le divin interpénètre l’univers et dans le même temps se déploie au-delà de lui. La preuve que l’on peut partager cette vision du monde sans être adepte du Vodún est que celui qui a soutenu officiellement la doctrine du panenthéisme et en a forgé le concept n'est pas un adepte du Vodún ni un Béninois ni même un Africain, mais un philosophe allemand du nom de Karl Christian Friedrich Krause, dans son ouvrage « Vorlesungen über das System der Philosophie » (1828). Par ailleurs, il faut bien noter l'épithète "dialectique", car dans le panenthéisme pur, Dieu n'est pas considéré comme le créateur, mais plutôt comme la force éternelle qui anime l'univers. Or, dans la vision du monde qui sous-tend le Vodún, Dieu est bel et bien le Créateur. Mais ce panenthéisme dialectique et les autres aspects qui en découlent (monothéisme, vitalisme, spiritualité cosmo-théandrique, culte des esprits, culte des ancêtres, etc.) ne sont pas exclusifs au Vodún et n'impliquent donc pas une appartenance au Vodún.

Moi je suis né dans une famille chrétienne qui m’a communiqué la foi catholique intégrée à une vision du monde semblable à celle décrite ci-haut. La découverte des religions africaines traditionnelles existant dans notre milieu est venue bien plus tard, religions vouant des cultes aux divinités comme Ògú, Shàànkpònnón, Abúlúsí, etc. Le nom « Vodún », je l’ai entendu pendant ma formation au séminaire et je l’ai compris comme désignant une forme de religion endogène au sud du pays. Avec les recherches, j’ai fini par comprendre que le terme était employé comme un englobant : Vodún comme culture ou culte ou philosophie ou médecine ou art ou savoir ou tradition, etc. Mais le Vodún est tout cela à la fois de façon inséparable, car nos peuples, et donc aussi les peuples du sud Bénin, n’entendent pas le « Vodún » ou le « Òrìshà » sans sa dimension religieuse. On ne peut donc pas prendre le Vodún, dépourvu de sa dimension religieuse, seulement comme culture ou comme philosophie ou comme art, etc. Ce serait faire de la spéculation et de l’abstraction, une abstraction qui n’aurait rien à voir avec la réalité ou le vécu concret de nos peuples. Les mots Vodún et Òrìshà ainsi que les réalités qu’ils désignent ont intrinsèquement une connotation religieuse. Si donc le Vodún, tout comme les autres religions endogènes, est compris par nos peuples comme religion ou héritage religieux, pourquoi vouloir attribuer cette religion à ceux qui ne la professent pas ou cet héritage religieux à ceux qui ne l’ont pas reçu ? Je ne suis ni de culture Vodún ni de culture Òrìshà. Même l’alibi selon lequel nous (Béninois ou Africains) partagerions la même vision du monde reste une généralisation génératrice de confusions. Car : 1) quelqu'un qui est né dans une famille chrétienne catholique, a été baptisé le lendemain dans cette même foi, y a grandi et y a été éduqué peut-il vraiment avoir la même vision du monde que quelqu'un qui est né et a grandi dans une famille Vodún? 2) des personnes ayant adhéré – pour peu que cette adhésion soit sincère – à des religions basées sur des conceptions du monde différentes peuvent-elles réellement avoir encore la même vision du monde lorsqu'une grande différence subsiste entre les deux systèmes religieux ? 3) Si nous n'adorons pas le même Dieu (les chrétiens adorent le Dieu-Trinité, les autres, pas), si notre conception de la relation à l’autre n’est pas la même (l’insistance de la religion chrétienne sur l’amour de l’ennemi est à nulle autre pareille), si nous ne défendons pas la même éthique ou la même morale, si nous n’avons pas la même eschatologie, sommes-nous vraiment dans la « même vision du monde » avec des différences aussi substantielles ?

A mon avis, le retour aux cultures africaines, qui ne doit pas être une œuvre d'archéologie contreproductive, si l'on veut qu'un tel retour nous unisse, ne saurait être un « retour au Vodún » mais un « dialogue avec le Vodún » sur la base des vertus qu’il reconnaît et promeut. Selon Barthélémy Zinzindohoué (2016, p. 49), « les vertus de sincérité, d’honnêteté, de fidélité à la parole donnée, le sens du sacré, le respect de l’état de vie consacrée (…), l’égard dû aux choses et aux personnes auxquelles on doit respect, le prix attaché aux vies à sauvegarder, l’aspiration à une vie vécue en plénitude et, pour tout dire, la mystique de l’obéissance radicale aux ‘lois de vie’, constituent autant de valeurs fortement soutenues par la religion et l’éthique du Vodún » et qui peuvent nous unir pour un dialogue sincère et édifiant.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents