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Enseignements catholiques

L'expérience et l'intelligence de la foi


Femme en société et en Eglise : Faible sexe ou faiblesse due à l’éclipse de la responsabilité

Publié par Père Joël Nunayon BONOU sur 8 Mars 2022, 23:51pm

Catégories : #Articles

Introduction : De l’effectivité d’un mythe ?

« Partout où l'homme a dégradé la femme, il s'est dégradé lui-même. » Cette admirable sentence de Charles FOURIER est l’expression combien éminente de l’ultime finalité de la journée mondiale de la femme : restaurer la dignité de la femme, et par ricochet, parvenir au développement intégral de l’humanité. Unissant nos efforts à cette commune cause, nous voulons au moyen de cet après-midi de conférences éveiller les consciences sur l’urgence d’une meilleure insertion socio-ecclésiale de la femme. Objet de railleries et moqueries avilissantes et désobligeantes, la femme a toujours été considérée comme un sexe dit faible à auquel est attribuée une notoire incapacité d’action et de décision. Il en a résulté une certaine passivité liée à l’être femme conçue non comme une complémentarité avec l’homme, mais comme une négation d’existence. Dans une démarche méthodologique, nous voulons aller à la recherche d’une herméneutique de la situation actuelle de la femme dans l’Eglise et le monde pour en déceler les causes et une interprétation efficace. De celle-ci pourra fleurir un meilleur dynamisme de l’engagement socio-ecclésial de la femme.

 

I. Démenti du mythe infondé sur la femme portraiturée comme le sexe faible

 

Les différentes valeurs culturelles de notre humanité, les croyances religieuses et traditionnelles ont toujours tenté à tort de convaincre que la place de la femme, son rôle, son apport dans le développement de la société n’étaient que secondaires. Pourtant l’histoire ancienne et récente en témoigne, la Bible à travers plusieurs personnages féminins le ratifient et nos réalités actuelles ne cessent de démontrer que c’est la femme qui gouverne le monde, et ne dit-on pas souvent que « derrière un grand homme se trouve une grande femme ? ». Essayons de parcourir un peu les grands évènements du siècle dernier, puisque le temps imparti ne nous donne pas la latitude de convoquer d’autres siècles antérieurs.

  1. La femme dans les deux guerres

En plus de veiller sur la ferme domestique en l’absence de son mari, la femme des années 20 et 40 s’est rendue volontaire pour transporter, soulager et soigner les corps blessés, meurtris et mutilés au front, d’où ce surnom « d’anges blancs » qui désigne le contingent de bénévoles circonstanciellement devenues infirmières dans les hôpitaux militaires. Si cela semble anodin parce que la femme est faite pour prendre soin, que faisaient-elles dans les champs de blé, dans les aciéries ou encore dans les fabriques de munitions ?

  1. La femme de la société victorienne

L’ouvrage de Mary Wollstonecraft intitulé A Vindication of the Rights of Woman (1792), en français la Revendication des droits de la femme montre bien que le champ d’action de la femme était circonscrit, les femmes se sont beaucoup manifestées dans la sphère académique/ intellectuelle comme écrivaines engagées et réformistes. La femme victorienne est bien celle qui brassait à la fois le soin ménager, l’éducation des enfants et le travail à l’usine pour arrondir les revenus de son mari.

Père Joël Nunayon BONOU, Master II Théologie Dogmatique UCAO-ABIDJAN

 

  1. La femme africaine et la femme noire américaine

Le poème de Camara Laye A ma Mère décrit la femme dans son rôle maternel, mais ne manque pas de mettre en évidence son courage, son endurance, sa polyvalence ou pour employer un terme en vogue son Multitasking. Et que dire de ces reines guerrières d’Afrique, la Reine Amina du Nigéria, les troupes d’élites féminines du royaume du Dahomey (les amazones) au 19ème siècle, et nous ne pourrons oublier la reine Ngalifourou (1864 – 1956) [1]du royaume des Téké en Afrique Centrale dont l’influence et le pouvoir demeurent indéniables.

Parallèlement, l’activisme des femmes noires dans la lutte pour les droits civiques dans les années 60 est une preuve retentissante de l’action impulsive et incisive de celle-ci dans l’histoire. N’oublions pas qu’une noire Rosa Parks[2] couturière de 42ans a déclenché la lutte contre le racisme un 1er décembre 1955, devenant ainsi l’icône et la cheville ouvrière de la lutte pour les droits civiques. Le mouvement féministe, une revendication

  1. Le mouvement féministe

Nonobstant la constatation de cette bravoure dont firent montre les femmes du siècle précédent, les législations nationales ont tardé à arrimer leur conception à l’incontestable égalité entre homme et femme. Tel fut le leitmotiv de la première vague des féministes qui vit le jour vers la fin de la première moitié du XXe siècle. S’appuyant sur une littérature militante (Cf. Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir), la deuxième vague de féministe systématisera les multiples demandes et permettra une insertion féconde au cœur des divers ordres juridiques un nouveau regard sur la femme. Deux mouvements  A travers la naissance du  Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Women's Lib. Récoltant les fruits de leurs luttes, les artisans du féminisme aujourd’hui tendent à promouvoir une insertion socio-professionnelle des femmes. De leurs labeurs, nous pouvons noter l’accession de certaines femmes à la magistrature suprême dans certains pays, le nombre de plus en plus croissant de femmes dans les secteurs d’activités jadis réservés aux hommes (aéronautique, industrie, sciences).

 

II. De la responsabilité féminine : entre éclipse et faiblesse

  1. L’aberrance d’une évidence

Malgré leur marginalisation, le rôle prépondérant de la femme depuis les origines et même dans nos sociétés actuelles de plus en plus patriarcalisées n’est plus à démontrer. Bien que considérée comme sexe faible, la femme, dans l’exercice de ses fonctions, n’a jamais été le faible sexe. Au contraire ! La femme n’a jamais été au second plan, au contraire ! sauf par consentement lorsque cette place rendait son action plus incisive. Que ce soit par adresse et hospitalité comme Rahab, par espièglerie comme Rebecca la mère de Jacob, par fidélité comme Ruth fidèle à sa belle-mère, par prévenance comme la Vierge à Cana, la femme est sans conteste celle en qui Dieu a gardé les trésors les plus précieux pour être déployés au service de l’humanité et sa grandeur réside dans son action subtile et discrète.

Toutefois, l’autonomie des femmes, bien mise à l’honneur à la conférence de Bangkok tend à prendre forme dans nos sociétés actuelles. Définie comme “le pouvoir de contrôler sa propre vie, c’est à dire une sorte de force et de confiance intérieures permettant d’affronter la vie, le droit de faire des choix dans sa vie et d’influencer le changement social ”, cette autonomie peine à se réaliser. Les facteurs adjuvants ne sont pas au rendez-vous ? A l’heure de la globalisation, de la digitalisation, du e-commerce et l’essor de plusieurs secteurs d’activités d’avenir, à la faveur des législations internationales, comment comprendre cet engagement non encore incisif des femmes au cœur de nos sociétés. Le constat n’est-il pas le même en Eglise ?

A la faveur du concile Vatican II et de tout l’enseignement magistériel subséquent, l’égalité fondamentale de dignité[3] entre Chrétien fut proclamée avec une remise en valeur de la liberté d’association des fidèles. Une large place est davantage faite à l’insertion de la femme au cœur de la société ecclésiale. Une révolution copernicienne fut réalisée par le Pape François avec la nomination de six femmes comme membres du Conseil pour l'Économie de la papauté[4] en Août 2016.

  1. Une responsabilité éclipsée

Le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes est encore loin d’être achevé : aujourd’hui, près de 77 % des jeunes dans le monde ni scolarisés, ni employés, ni en formation ou en apprentissage, sont des femmes (OIT). Cette faible insertion des femmes est l’expression d’une responsabilité éclipsée. En effet, dans une enquête réalisée en 2016, l’Organisation internationale du Travail a établi quelques causes de cette distorsion disproportionnelle qui ouvre la voie à une éclipse suffisante de la responsabilité.

  • Le mariage comme réduction de la liberté de la femme d’accéder au marché du travail dans les pays émergents et les pays développés ainsi que dans les pays arabes et de l’Afrique du nord du fait des contraintes conjugales
  • La pauvreté extrême qui pousse certaines femmes à accepter des emplois peu importe les règles qui régissent traditionnellement les relations hommes- femmes
  • A l’échelle mondiale, l’absence de services abordables de garde d’enfants ou d’aide familiale
  • L’accès limité à des moyens de transport sûrs
  • La religion comme système de valeurs complexes qui s’appliquent également aux rôles traditionnellement dévolus aux hommes et aux femmes

D’autres facteurs viennent porter cette éclipse à son paroxysme. Il s’agit entre autre : de la survivance de certaines traditions réfractaires à la promotion de la femme, de la prédominance des tâches domestiques, les grossesses précoces, la vétusté des infrastructures de formation, l’insécurité et les violences, les inégalités salariales…

Une telle attitude trouve un écho dans l’Eglise, une certaine conception inégalitaire et patriarcale de la société ecclésiale ainsi que le cléricalisme demeurent un handicap profond à l’éclosion d’une meilleure collaboration de la femme. 

  1. Une éclipse de la responsabilité

Il est vrai que plusieurs facteurs exogènes contribuent à freiner l’engagement des femmes dans la société dans l’Eglise. Mais il n’est pas rare de constater au niveau de certaines femmes la nécessité de refreiner certaines causes internes qui les établissent dans une quiétude et dans une torpeur léthargique. Nous en faisons ici une simple mention :

  • Une personnalité dépendante.
  • Le stress et la peur de l’engagement
  • La quête de la facilité 
  • La mauvaise orientation scolaire
  • La mauvaise orientation scolaire et le choix des filières
  • La résignation à accepter la domination masculine
  • Le manque de compétence et de formation requise pour occuper certaines fonctions

 

Conclusion : Pour une heureuse intégration socio-ecclésiale de la femme

 

La question de l’engagement de la femme est d’une actualité toujours nouvelle. Notre analyse de l’insertion des femmes a permis de découvrir combien le mythe du sexe faible a toujours dans la réalité une certaine contestation par l’activisme de certaines femmes qui ont marqué d’un cachet exceptionnel l’histoire de l’humanité. C’est dire que la question de l’émancipation ne fait appel qu’à l’esprit quelque peu arriéré du sexe masculin en vue d’une mise à jour plus objective. En premier lieu, elle exige des femmes un dépassement éthique et psychologique des inégalités pour s’affirmer en infirmant le mythe du sexe faible. Aucune attitude timorée ou aucune résignation tacite ne doivent être admises.  Au cœur de l’Eglise, l’engagement devra se muer de son état affectif en un engagement effectif dans la collaboration effective selon leur compétence à gestion des œuvres ecclésiale[5]. L’émancipation de la femme requiert, en second lieu, une action commune des gouvernants pour offrir le cadre social et politique adéquat à l’émancipation de la femme. 

 

Père Joël Nunayon BONOU 
Master II  Théologie Dogmatique UCAO-ABIDJAN

 

 

 


[1] https://histoireparlesfemmes.com/2016/02/29/ngalifourou-derniere-souveraine-dafrique-noire/

[2] https://www.humanite.fr/idees-debats-tribunes/rosa-parks/1er-decembre-1955-dans-ce-bus-rosa-parks-va-devenir-la-force

[3] « Commune est la dignité des membres du fait de leur régénération dans le Christ ; commune la grâce d'adoption filiale ; commune la vocation à la perfection ; il n'y a qu'un salut, une espérance, une charité sans division. Il n'y a donc, dans le Christ et dans l'Eglise, aucune inégalité qui viendrait de la race ou de la nation, de la condition sociale ou du sexe, car "il n'y a ni homme ni femme, vous n'êtes tous qu'un dans le Christ Jésus" (Ga 3,28 grec ; cf. Col 3,11). » LG 32

[4] Les nouveaux membres sont la professeure allemande Charlotte Kreuter-Kirchhof de l'Université Heinrich-Heine de Düsseldorf, l'experte en finances Marija Kolak de la Berliner Volksbank et également présidente de l'Association allemande des banques populaires et des caisses populaires, la spécialiste espagnole en placements Maria Concepcion Osacar Garaicoechea, la juriste espagnole Eva Castillo Sanz, la femme politique du Parti travailliste britannique et ancienne secrétaire à l'Enseignement Ruth Mary Kelly, ainsi que Lesile Jane Ferrar, ancienne trésorière du Prince Charles. Seul homme au tableau des nouvelles nominations, l'économiste italien Alberto Minali rejoint également le Conseil.

[5] C. 218 : « § 3. Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes. »

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